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Anne Ansquer : On tua.
Mise en ligne le 5 février 2015.
© : Anne Ansquer.


On tua

On tua tant.

On les prit par la queue, les mains, les esprits, le zeste.

À la parole donnée, on fit la peau, on la confit.

L'œil était dans la tombe et regarda.

Le dais de tout ceci avec cela, le froid.

Comment qui zon fait et le pourquoi-ça… : On décrivait, à tour de bras,

on le tapa contre la nuit, puis je l'avoue, contre moi…

Avec mon consentement, mon sentiment, le son Aïe faisait haïr,

et malgré la friture, la quincaille, j'entendais l'attentat.

(Gd N n'était pas là, il allait, mais qu'est-ce qu'il et pourquoi, il verra.)

Quand même.

La Population fit son bruit, en souplesse, comme qui dirait, au lit,

occupés qu'ils étaient — l'invincible tracasse — fourraient le tout dans l'église

de leur vie, ou bien, de chocolat.

Continuait le cirque, je vois encore la belle toile et le drapeau, les auvents, un bateau

s'avance avec une étoile qu'on achève,

le petit du Marin a pris la relève, je vois son dos et le copain jouant dans les goémons.

« Faut pas voir partout des démons » a dit M. Loyal

avec son masque d'or et son masque d'argent,

sa fiasque, le feu qui ne prend pas,

— le chat qui s'en va tout seul est sur la place, près du camp —

« Et mes sauvages, alors, qu'est-ce que vous en faites ? »

ai-je froissé.

Le tissu que tu frayes c'est l'arbre qui nous croit, plonge racines et feuilles

dans le ciel de la toile-son ventre bleu et vrap, rose, fraîchi.

Tiennent leurs jours en mains et les abattent, la nuit chavire au noir à l'eau,

violet, le matin de grisnoir et gercé, on recommence.

Se lever d'un bond, un pied, tenter, en attrapement, talent-pointe.

On tua tous les jours, les îlots dérivaient, on avait beau, laver lever

laver la glace fondait le soir et les oiseaux, plus d'un.

Gd N faisait-il… rien ?

Il fit des Actes,en forme de présence. Remarqua, désincrusta, il remettait ici, là,

du fret— contre de la fraîche, évidemment —

On avait troqué « les Centaines du Sang » contre de l'A.D.N. : on ne remarquait rien.

Foisonna, abatta, conserva dans le remue-tout:

« Et mes étoiles, les avez fichues au frigo ou quoi  ? »

demanda.

L'odeur et le pain vite, avant qu'on sonne, sous l'abat-jour des mots.

J'en dois encore beaucoup, y en a des piles et pis des fois c'est la bagarre

ce sont eux qui gardent les cimes, la nuit qui s'écrit, le petit chien auprès,

la grand voile.

La peau de l'ombre et un sourire qui nous manqua :

on tua comme on pouva.

Le petit sacre se tenait, on mit du jaune et du grenat

le jour prit de la toile, les sons dormaient dans la cage au volcan,

pour un temps, la lumière disparut du cadran…


Le jour est revenu,

la nuit descend du chat

on mangea des bonbons

viens par la main, viens mon temps me tutoie


un tour de bras comme on pourra

 

(Un regard à serrer : « On tua »)


© Anne Ansquer 13.01.2015.