RETOUR : Ressources communes

 

Cours sur le thème de la paix.
Mis en ligne le 11 septembre 2002.
© : Christine Février.

Ce texte est le plan d'un cours de Philosophie fait en classes préparatoires au Lycée Chateaubriand de Rennes. Il peut faire seulement l'objet d'un usage personnel.

Christine Février est professeur de Philosophie en Classes Préparatoires Économiques et Commerciales et en Classes Préparatoires Scientifiques au Lycée Chateaubriand de Rennes.



La Paix

 

La Paix (421 av JC) d'Aristophane (445 ?-380 ? av JC) (édition Folio classiques)

Projet de paix perpétuelle (1795) de Emmanuel Kant (1724-1804) (édition Vrin)

Quatrevingt-treize (1874) de Victor Hugo (1802-1885) (édition Garnier-Flammarion)

-----

 

Plan du cours de Mme Christine Février - Lycée Chateaubriand, 136 bd de Vitré, 35700-Rennes
© C. Février 2002

 

Ce cours combinera l'étude des questions posées par le thème "la paix" et l'approche plus spécifique que chacune de nos œuvres en propose.

 

 


Introduction
Quelles orientations prendra l'Étude du thÈme de la paix À la lumiÈre des trois Œuvres au programme

 

 

 

1- Comment nos trois œuvres abordent-elles le thème ?

 

1.1- Le rire pacifiste d'Aristophane dans La Paix

 

1.2- Le Projet de paix perpétuelle de Kant relève d'une activité rationnelle fixant le cadre juridique, politique et moral d'une paix qui ne peut se concevoir que comme perpétuelle

 

1.3- Dans Quatrevingt-treize de Victor Hugo, il est bien plus question de guerre que de paix

 

1.4- Ces trois œuvres offrent des approches différentes du thème de la paix

    1.4.1- Quelques différences frappantes

    1.4.2- Mais Aristophane, Kant et Hugo se veulent, chacun à leur manière, par leur œuvre, des acteurs de la paix

 

1.5- Nos trois œuvres ne proposent pas une approche géopolitique du thème de la paix, cette dimension ne sera donc pas privilégiée dans ce cours.

 

2- Les questions sur la paix suscitées par la lecture de nos trois œuvres et les axes autour desquels va s'organiser notre réflexion

 

3- Le corpus qui alimentera notre réflexion : Bibliographie

 

 

 

 

PREMIER VOLET
procÉdons d'abord À l'analyse sÉmantique et conceptuelle du mot « paix ».
Examinons les questions qui en dÉcoulent

 

 

 

I- du sens usuel aux dÉterminations conceptuelles de la paix, en passant par l'Étymologie et l'expÉrience

 

 

1- Faisons d'abord le point sur les sens usuels du mot paix, son champ sémantique

 

1.1- La paix caractérise la situation d'un État qui n'est pas en guerre avec un autre

 

1.2- La paix dite « civile » caractérise la coexistence des citoyens qui ne se divisent pas en factions

 

1.3- La paix désigne aussi les rapports d'entente entre les personnes : la paix du ménage, la paix entre voisins…

 

1.4- La paix désigne aussi le calme intérieur d'une personne

 

1.5- Par extension, la paix désigne l'état d'une personne que rien ne vient troubler

 

1.6- Par extension encore, la paix désigne l'état d'un lieu, d'un moment, où il n'y a ni agitation ni bruit

 

1.7- La paix peut désigner un certain état de spiritualité

 

1.8- Ceux avec qui on est en paix sont des amis, ceux avec qui on n'est pas en paix sont des ennemis

 

 

2- L'étymologie nous renseigne sur les présupposés et les modalités d'institution de la paix

 

2.1- Première détermination philologique de la paix : sa durée

 

2.2- Deuxième détermination philologique de la paix : la paix n'est pas seulement un état de fait mais un état de droit

 

2.3- Troisième détermination philologique de la paix : la paix est plus union et unification que fusion

 

2.4- Ces enseignements, tirés de la racine latine du terme, « pax », valent également pour le terme grec « eirené » et le terme allemand « Friede »

 

3- Et c'est le contraste empirique avec l'état de guerre qui permet de qualifier précisément l'état de paix

 

3.1- Mort, misère, discorde… sont des caractéristiques de la guerre

 

3.2- Bonheur domestique, prospérité économique, concorde sont les signes de la paix recensés par Aristophane, celui de nos trois auteurs qui s'est attaché à décrire la paix

 

4- Toutefois décrire empiriquement l'état de paix ne suffit pas pour saisir les propriétés spécifiques de la paix. Il faut aussi définir l'esprit qui anime la démarche pacifique et discerner la véritable paix de l'apparence de paix

 

4.1- « Liberté, Égalité, Fraternité ce sont des dogmes de paix et d'harmonie » Quatrevingt-treize (p 282 3ème partie livre2ème, VII)

 

4.1.1- Respecter « la liberté légale » (Projet de paix perpétuelle p 31) est une condition nécessaire de la paix

4.1.2- Respecter « l'égalité légale » (Projet de paix perpétuelle p 31) est une condition nécessaire de la paix

4.1.3- « Et tout cela… fraternité proclamée, humanité protégée… la Convention le faisait » Quatrevingt-treize (p 213 2ème partie livre3ème, IX)

4.1.4- Ces conditions permettent à la paix de se perpétuer et de s'universaliser

 

4.2- Il faut distinguer la véritable paix et ce qui ressemble à la paix mais ne l'est pas

 

4.2.1- La paix se caractérise par l'ordre, mais tout ordre n'est pas signe de paix

4.2.2- La paix véritable selon Kant n'est pas celle des « bergers d'Arcadie » (Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolite)

 

 

 

II- s'en tenir À l'opposition usuelle guerre-conflit violent /paix serait manquer la complexitÉ du phÉnomÈne

 

 

1 - Certes la paix s'oppose à la guerre comme à son contraire

 

1.1- D'un côté le bruit, la fureur, la mort, les souffrances physiques et morales, de l'autre le silence, la lumière, l'harmonie, le bonheur

 

1.2- A chaque type de guerre sa paix

 

1.3- Par conséquent « il est impossible même de concevoir la paix sans comparaison et référence implicite à la guerre » (Gaston Bouthoul La Paix)

 

2- Mais les rapports entre paix et guerre ne se résument pas à cet affrontement binaire

 

2.1- On ne peut réduire la paix à l'absence de guerre

 

2.2- Le rapport entre guerre et paix est moins une alternative qu'une union antithétique

 

2.2.1- Du fait de la complexité du cœur humain

2.2.2- Du fait qu'on peut observer une osmose secrète entre guerre et paix, et ce de plusieurs faons

           

2.3- Et souvent on assiste à « une paix impossible et une paix improbable » Raymond Aron Paix et guerre entre les nations

 

3- Tout antagonisme, tout conflit n'est pas incompatible avec la paix

 

3.1- Dinstinguer conflit et violence

           

3.2- La paix peut tirer bénéfice de certains rapports de forces

3.2.1- « la politique doit plier le genou devant le droit » (Projet de paix perpétuelle p 117)

3.2.2- « quoi, ne pas lutter de magnanimité ? » Quatrevingt-treize (p 396, 3è partie livre 6 è II)

 

3.3- Il y a des conflits qui se déroulent pacifiquement et sont bien intégrés à l'état de paix

           

3.4- On peut même aspirer à une paix agonistique qui sait profiter de la dynamique conflictuelle de la nature humaine

 

 

III- Demandons-nous quels rapports peuvent entretenir les diffÉrents types de paix que nous avons distinguÉs sÉmantiquement et conceptuellement

 

1- « Cette gamme harmonieuse… qui est l'éternel conseil de la nature à l'homme » Quatrevingt-treize (p 435, 3ème partie livre 7ème, VI) rend-elle les hommes plus pacifiques ?

 

2- Comment s'articulent la paix intérieure d'un individu et la paix civile ?

 

2.1- La paix intérieure d'un individu est-elle possible indépendamment de la paix civile ?

 

2.2- La concorde exige-t-elle que les individus en présence soient d'abord en accord avec eux-mêmes ?

 

2.3- La paix civile favorise-t-elle la paix intérieure ?

 

3- Comment s'articulent la paix civile et la paix entre États ?

 

3.1- La paix entre États ne peut se réaliser sans la paix civile

3.1.1- « La constitution républicaine présente la perspective de la conséquence que nous désirons, à savoir la paix perpétuelle » (Projet de paix perpétuelle p 35)

3.1.2- La guerre civile, en revanche, favorise la guerre étrangère

 

3.2- Selon Carl Schmitt « La guerre à l'extérieur consolide la paix à l'intérieur » Le Concept de politique

 

4- Saint Augustin dans la Cité de Dieu insiste sur l'échelle continue et l'interaction des manifestations de paix

 

IV- Discussion et rÉamÉnagement critique de ces analyses, proposÉs par les ÉlÈves

 

V- Exercice de lecture des Œuvres : Parmi les analyses ci-dessus, choisissez-en trois et cherchez-en l'illustration sous forme de citations empruntÉes aux trois Œuvres, afin de les ajouter À celles dÉjÀ mentionnÉes.

 

 

 

 

DEUXIÈME VOLET
La nature nous conduit-elle À la guerre ou À la paix ?

 

 

 

I- la paix est l'État normal de l'humanitÉ, parcouru par des conflits violents et nombreux mais qui n'ont aucun caractÈre de fatalitÉ

 

 

1- « si on entend par état naturel de l'homme celui auquel il est destiné par sa nature, il faut dire que la paix est son état naturel » Vattel Traité du droit des gens (1758)

 

1.1- Les arguments du jurisconsulte suisse Vattel 

 

1.2- « Les hommes sont capables de vivre ensemble en se conformant à la loi naturelle qui n'est autre que la raison » Locke Deuxième traité du gouvernement civil (1690)

 

1.3- « L'homme est naturellement pacifique » Rousseau Écrits sur l'Abbé de Saint-Pierre (1782)

 

1.4- « L'homme n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel, que lorsqu'il jouit de la paix » Diderot Article « Paix » de l'Encyclopédie(1751)

 

1.5- Dans La Paix d'Aristophane, l'homme guidé par ses appétits sensuels semble bien tendre à la paix

 

1.6- Quatrevingt-treize suggère l'idée que l'instinct premier tend à l'innocence

 

2- Certes les guerres sont nombreuses et persistantes, mais ce n'est pas le signe qu'elles sont naturelles, elles sont une dénaturation de l'homme, donc évitables

 

 

II- « L'État normal est la guerre, nous ne concluons la paix que pour des Époques dÉterminÉes » Nietzsche Le Livre du philosophe § 56 (1872)

 

1- « La condition de l'humanité est plutôt la guerre » G. Bouthoul Le Phénomène guerre

 

1.1- Résumé des thèses de G. Bouthoul

 

1.2- Deux exemples d'univers mentaux polémogènes

 

2 - Freud dans Malaise dans la civilisation et dans une lettre à Einstein (1932) fait l'hypothèse d'une « hostilté primaire des hommes » et d'une « pulsion de mort »

 

3 - Si l'on s'en tient à la réalité historique, l'âge d'or de paix semble bien un mythe

 

4 - « La distinction spécifique du politique à laquelle peuvent se ramener tous les actes et les mobiles politiques, c'est la discrimination de l'ami et de l'ennemi » Carl Schmitt La Notion de politique (1932)

 

5 - Ne peut-on faire une lecture de La Paix et de Quatrevingt-treize suggérant, contrairement à l'intention de leurs auteurs, que la guerre est fatale ?

 

5.1-        « Vous avez préféré la guerre en tant d'occasions, où ils (les Dieux) essayaient de vous réconcilier » La Paix (p 437)

 

       5.2- « L'appétit de destruction existe » Quatrevingt-treize (p 322, 3ème partie livre 3ème, VI)

 

 

III en fait ce qui est premier c'est l'ambivalence dela nature humaine ; ce n'est donc pas par un mouvement naturel qu'on est conduit prioritairement ou À la guerre ou À la paix : « cet État de paix doit Être instituÉ » (Projet de paix perpétuelle p 27)

 

1- « La dialectique de la guerre et de la paix est inhérente à la nature humaine »

 S. Goyard-Fabre La Construction de la paix

 

2- Si les arguments II discréditent la variante forte de l'optimisme exposée en I, ils n'en invalident pas une variante faible, à condition de transcender la nature par l'éducation

 

2.1- Érasme, dans La Complainte de la paix (1517), mise sur la raison et sur une pédagogie de l'erreur

 

2.2- Le mouvement des Lumières associe progrès de la Raison et Paix

 

2.3- Victor Hugo compte sur « l'éducation publique nationale[…] les écoles primaires […] l'élévation de la philosophie, réformes de la Convention » Quatrevingt-treize (p 207, 2ème partie livre 3ème, VI)

 

2.4- « Tâcher de penser » B.H. Levy Réflexions sur la guerre

 

3- Et même si « on connaît la méchanceté de la nature humaine » Projet de paix perpétuelle p 45), on peut ne pas renoncer à la paix à condition de prendre conscience qu'elle doit être instituée

 

3.1- Impossible dans l'état de nature, la paix n'a de chances d'advenir que dans l'état civil : perspective de Hobbes

            3.1.1- L'état de nature c'est « la guerre de tous contre tous » Hobbes Du citoyen (1642)

                  3.1.2- Puisque la paix n'est pas naturelle aux hommes, et puisque la raison l'exige, elle sera construite, ce sera une œuvre de droit

            3.1.3- Mais la paix n'est jamais garantie

 

3.2- « Faire naître parmi les hommes de l'état de guerre qui est l'état de nature, l'ère de paix » (Projet de paix perpétuelle p 107)

 

3.2.1- « L'état de paix entre des hommes vivant côte à côte n'est pas un état de nature, celui-ci est bien plutôt un état de guerre » (Projet de paix perpétuelle p 27)

3.2.2- Mais « la nature fait surgir, du sein même de la discorde parmi les hommes et malgré leur volonté, la concorde » (Projet de paix perpétuellep 63), sous la forme du contrat social

3.2.3- Ainsi « l'état de paix parmi les hommes […] n'est pas […] un état de nature [il] doit donc être institué » (Projet de paix perpétuelle p 27)

3.2.4- De plus« La perversité enracinée dans la nature humaine […] saute aux yeux si on examine les Etats dans leurs mutuels rapports extérieurs » (Projet de paix perpétuelle p 105)

3.2.5- Par conséquent, « pour la paix perpétuelle […] le droit des gens doit être fondé sur un fédéralisme d'Etats libres » (Projet de paix perpétuelle p 43)

 

 

IV- Discussion et rÉamÉnagement critique de ces analyses, proposÉs par les ÉlÈves

 

V- Exercice de lecture des Œuvres : Parmi les analyses ci-dessus, choisissez-en trois et cherchez-en l'illustration sous forme de citations empruntÉes aux trois Œuvres, afin de les ajouter À celles dÉjÀ mentionnÉes.

 

 

 

 

TROISIÈME VOLET
Quoi qu'il en soit, intÉressons-nous au dÉsir de paix.
Que vaut-il ?

Après la question du primat ontologique de la paix, abordons celle de la supériorité axiologique de la paix.

 

 

 

I- La paix est dÉsirable, c'est une valeur Éminemment positive

 

1- Les raisons d'accorder la supériorité axiologique à la paix

 

1.1- Nos trois œuvres font l'éloge de la paix

            1.1.1- « La Paix que nous chérissons » La Paix (p 443)

            1.1.2- « L'état de guerre […] dont notre intention est précisément ici de nous délivrer » Projet de paix perpétuelle (p 63)

            1.1.3- « Je veux la paix » Quatrevingt-treize (p 426, 3ème partie livre 7ème, V)

 

1.2- Elles s'inscrivent dans un courant dominant de l'histoire de la pensée occidentale valorisant la paix

            1.2.1- Dans Les Lois, Platon oppose le régime crétois, orienté vers la guerre, à ce que devrait être un bon régime

            1.2.2- Aristote dans La Politique exprime la nécessité pour les hommes, en vertu de leur humanité, de préférer la paix à la guerre

            1.2.3- La prosopopée de la paix dans La Complainte de la paix de Érasme (1517)

            1.2.4- Les avantages de la paix selon l'abbé de Saint-Pierre dans son Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe (1713)

            1.2.5- Max Scheler dans L'Idée de paix et le pacifisme (1927) souligne le caractère principiel de l'idée de paix

 

1.3- La paix est d'autant plus désirée qu la guerre est désastreuse pour l'humanité

            1.3.1- « La Guerre (sardonique) : ha! ha! humains, souffre-douleur, qu'est-ce que vous allez prendre ! » La Paix (p 439)

            1.3.2- « On provoque des guerres considérables et, par suite, des famines, perfidies et toute la litanie des maux qui désolent l'humanité » Projet de paix perpétuelle (p 57)

            1.3.3- « Quelle bête de guerre ! nom d'une bourrique ! » Quatrevingt-treize (p 57, 1ere partie livre 1er)

            1.3.4- « L'homme de guerre, c'est le dernier des hommes, c'est-à-dire l'esclave absolu » B.H. Levy Réflexions sur la guerre

 

1.4- Par conséquent, ceux qui œuvrent pour la paix contribuent au bien de l'humanité

            1.4.1- « L'héroïsme » de Lavendange

            1.4.2- « Le martyre » de Gauvain

 

2- Ceux qui préfèrent la paix se revendiquent de plusieurs formes de pacifisme

 

2.1- Un pacifisme éthique ou pacifisme absolu

 

2.2- Un pacifisme qui tolère la guerre à certaines conditions et qui pointe les failles du pacifisme absolu

            2.2.1- Le pacifisme éthique a fait l'objet de sévères critiques

            2.2.2- Ni Aristophane ni Kant ni Hugo ne sont adeptes de ce pacifisme absolu

 

2.3- Quoi qu'il en soit, « le pacifisme juridique est plus réaliste que le pacifisme éthique » Raymond Aron Paix et guerre entre les nations

 

3- Désirer la paix véritable n'est-il pas chimérique ?

 

3.1- C'est ce que les réalistes reprochent aux idéalistes

             

3.2- Aristophane fait preuve d'une certaine lucidité mais prend le parti de l'espoir

 

3.3- La paix perpétuelle, selon Kant, n'est pas une donnée d'expérience et ne résultera jamais de la réalisation d'une Utopie. Elle est pourtant une espérance sérieuse car la paix est une idée de la raison qui impose aux hommes le devoir de se rapprocher d'elle

            3.3.1- Certes la paix perpétuelle n'est pas une réalité, et les rêves de paix n'y changent rien

            3.3.2- Mais, puisque la paix perpétuelle est un devoir de la raison, ce n'est pas une idée creuse

            3.3.3- Et « les conditions que la nature a prévues […] rendent finalement nécessaire l'assurance de la paix » Projet de paix perpétuelle (p 69)

            3.3.4- Toutefois, connaître ce dessein de la nature n'ôte pas aux hommes la responsabilité de la réalisation de la paix perpétuelle

            3.3.5- En fait, « l'Idée rationnelle » (p 79) de paix perpétuelle est un Idéal régulateur, se rapprocher de la paix est réalisable

            3.3.6- Mais « il faudra s'attendre, déjà par avance, à de grands écarts entre cette Idée et la réalité de l'expérience » (p 95)

 

3.4- « Cimourdain : te voilà en plein songe 

Gauvain : c'est-à-dire en pleine réalité » Quatrevingt-treize (p 427, 3eme partie livre 7eme V)

           

3.5- Quelques réalisations effectives du droit international montrent que le désir de paix n'est pas vain

            3.5.1- L'Organisation des Nations Unies (ONU) s'est donnée une charte (1945) déclarant : « le but premier et primordial est la paix » (art 1)

            3.5.2- De multiples organisations internationales et développant la coopération entre Etats sont au service de la paix

            3.5.3- Les forces et les faiblesses du droit international nous invitent à nous détourner de l'angélisme comme du cynisme

 

 

II- Mais la paix n'est peut-Être pas une valeur Éminemment positive, « la guerre est naturelle aux Êtres humains, elle est À glorifier » F. Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra (I,5)

 

1- « Les grands actes de guerre […] veulent de la noblesse dans qui les accomplit, ce sont choses de chevaliers et non de perruquiers » Quatrevingt-treize (p 67, 1ere partie livre 2eme III)

 

1.1- L'héroïsme guerrier

 

1.2- « C'est chose joyeuse que la guerre, on s'entraime tant à la guerre » Jean du Bueil Le Rosier des guerres

 

2- « La santé éthique des peuples se conserve dans son indifférence à l'égard de la stabilité » Hegel Principes de la philosophie du droit III, chapIII,2

 

3- Il peut même y avoir un désir inavoué de guerre

 

4 - La paix indésirable ? (Rapport sur l'utilité des guerres 1968 : Résumé de l'ouvrage de J.K. Galbraith)

 

 

III Mais plutÔt que de s'en tenir À une opposition morale radicale entre guerre et paix, examinons des cas oÙ la guerre est dÉsirable et la paix indÉsirable du point de vue mÊme des laudateurs de la paix

 

1- On peut faire l'éloge de la paix mais pas de n'importe laquelle ni à n'importe quel prix

           

1.1- Pas de « longue paix qui rend souverain le pur esprit mercantile en même temps que l'égoïsme vil, la lâcheté, la mollesse » Kant Critique du jugement § 28

 

1.2- « La paix négative est celle qui laisse passivement se reconstituer les structures belligènes » G. Bouthoul La Paix

 

1.3- Un certain pacifisme n'est pas désirable

 

1.4- La comédie d'Aristophane est bien en faveur de la paix, elle n'est pourtant ni apaisée ni apaisante

 

2- On peut trouver légitimes certaines guerres ou conflits violents tout en désirant la paix

 

2.1- « La légitime défense et la violation des contrats sont des causes justifiant la guerre » Grotius Droit de la guerre et de la paix

 

2.2- « Il y a un temps pour la paix et un temps pour la guerre » rappelle Pascal en citant l'Ecclésiaste

 

2.3- « Il n'y a que deux sortes de guerres justes, les unes qui se font pour repousser un ennemi qui attaque, les autres pour secourir un allié qui est attaqué » Montesquieu Les Lettres persanes (1721)

 

2.4- Dans Quatrevingt-treize, chacun des camps défend sa guerre comme juste, Victor Hugo tranche

            2.4.1- « Nous sommes simples et purs » dit Imanus Quatrevingt-treize (p 297, 3eme partie livre 2eme X)

            2.4.2- « C'est la guerre [ …] il le faut et c'est bien. Les grands rayonnements des peuples sont à ce prix » dit Cimourdain Quatrevingt-treize (p 249, 3eme partie livre 2eme I)

            2.4.3- « Toi qui par la Terreur sauva la Liberté

                        Toi qui portes ce nom sombre Nécessité

[…]

Reste seul à jamais, Titan Quatrevingt-treize ! » Hugo Châtiments, Nox V 365-368

 

2.5- Mais Kant attire l'attention sur le fait qu'il y a des guerres absolument injustes, et même dans les autres cas il ne faut pas dépasser certaines bornes

 

 

IV- certains insistent sur le fait que la paix ne relÈve pas seulement du dÉsir mais aussi du devoir, et ne relÈve pas seulement de l'engagement de tel ou tel homme mais d'une destinÉe de l'humanitÉ

 

1- « La raison […] fait un devoir immédiat de l'état de paix » Projet de paix perpétuelle (p47)

 

2- Le cours des choses est orienté vers la paix

 

2.1- Grâce à la nature «on lui a donné le nom de Providence » Projet de paix perpétuelle (p 63)

 

2.2- Car « sous un échafaudage de barbarie se construit un temple de civilisation » Quatrevingt-treize (p 425, 3eme partie livre 7eme V)

 

 

V- Discussion et rÉamÉnagement critique de ces analyses, proposÉs par les ÉlÈves

 

VI- Exercice de lecture des Œuvres : Parmi les analyses ci-dessus, choisissez-en trois et cherchez-en l'illustration sous forme de citations empruntÉes aux trois Œuvres, afin de les ajouter À celles dÉjÀ mentionnÉes.

 

 

 

 

QuatriÈme VOLET
mais alors, comment construire la paix, si on estime qu'elle est possible et souhaitable?

 

 

 

I- La rÉponse de Kant dans son projet de paix perpÉtuelle

 

1- Le Projet de paix perpétuelle dégage les principes régulateurs, à partir desquels penser l'institution de la paix

 

1.1- C'est une « esquisse philosophique » et non un programme diplomatique édictant des règles organisationnelles. C'est une démarche transcendantale et non empirique

           

1.2- Dans le préambule, Kant revendique une totale liberté d'expression  

 

1.3- Dans la première section Kant énumère tout ce qu'il ne faut pas faire si l'on veut se disposer à la paix

            1.3.1- Ce sont des devoirs négatifs (es soll), c'est-à-dire des interdictions

            1.3.2- Les articles 1, 5, 6 sont des lois strictement prohibitives et immédiatement exécutoires

            1.3.3- Les articles 2, 3, 4 énumèrent les entreprises dans lesquelles il faut éviter de se lancer ou vers la suppression desquelles il faut tendre si l'on veut organiser la paix. Ces lois sont permissives en ce que, tout en faisant porter l'interdiction sur l'avenir, elles aménagent des transitions pour le présent

           

1.4- Dans la deuxième section, Kant définit trois impératifs juridiques en vue de la paix perpétuelle

            1.4.1- Le premier : La république contre le despotisme- « La constitution républicaine est la seule pouvant conduire à la paix perpétuelle » (p33)

            1.4.2- Le deuxième : La libre fédération des peuples

1.4.3- Le troisième : Le droit cosmopolitique restreint à l'hospitalité- Bien qu'ils soient divisés en nations les hommes appartiennent à une même communauté, ils doivent être considérés comme citoyens du monde ; la paix sera consolidée quand le statut des personnes sera garanti sur le plan international, selon le principe de l'hospitalité

 

1.5- Après avoir déterminé a priori les conditions juridiques qui assurent la paix, Kant décrit, dans le premier supplément, le dessein de la nature qui se sert de la guerre en vue de garantir la réalisation de la paix

            1.5.1- Le jugement téléologique qui est du ressort de la faculté de juger dite réfléchissante nous fait « rechercher les conditions que la nature a prévues par rapport aux personnes qui agissent sur son vaste théâtre, conditions qui rendent finalement nécessaire l'assurance de la paix » (p 69)

            1.5.2- « Utiliser le mécanisme de la nature pour diriger l'antagonisme des dispositions hostiles dans un peuple, de telle sorte que les hommes s'obligent mutuellement eux-mêmes à se soumettre à des lois de contrainte, produisant ainsi nécessairement l'état de paix » (p 79)

 

1.6- Le deuxième supplément insiste sur l'importance pour un Etat qui vise la paix, de prendre en compte la réflexion des philosophes, et explique pourquoi cela doit rester secret

 

1.7- Dans l'appendice I, Kant explique que morale et politique ne s'opposent pas dans l'esprit du droit mais seulement dans l'esprit des politiques pratiques

            1.7.1- Les raisonnements fallacieux des praticiens de la politique sous prétexte d'un divorce entre morale et politique « éternisent la violation du droit » (p99)

            1.7.2- Contre l'usurpation de l'idée de droit dans des maximes sophistiques, il est nécessaire de prendre pour point de départ le principe formel : toute maxime d'action politique doit être universalisable

 

1.8- Dans l'appendice II, Kant présente comment l'accord de la morale et de la politique est garanti par l'application d'un critère transcendantal du droit : la publicité. La politique qui réalise progressivement le droit fonde l'espérance de paix

 

2- cette esquisse philosophique sur la paix perpétuelle s'inscrit dans une longue tradition philosophique débattant de la question de la construction de la paix

 

2.1- La position kantienne est en désaccord avec celle de Machiavel qui dissocie radicalement morale et politique

 

2.2- La position kantienne est en désaccord avec celle de Hobbes qui estime qu'il n'y a pas de paix internationale possible

 

2.3- Le projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre n'est en rien comparable à celui de Kant

 

2.4- Selon Hegel les thèses kantiennes sont contradictoires : les conditions juridiques censées assurer une paix perpétuelle donnent en fait à la paix une nature relative et contingente

 

2.5- Habermas dans La Paix perpétuelle. Le bicentenaire d'une idée kantienne (1995) souligne à la fois l'actualité de la pensée kantienne sur la paix et la nécessité de l'adapter aux conditions actuelles du droit et de la politique

 

3- Portée et limites des analyses de Kant au regard des évolutions historiques

 

3.1- On peut admettre que cette confrontation a une certaine pertinence comme le suggère le deuxième supplément du Projet de paix perpétuelle       

 

3.2- Respecter la liberté et l'égalité, « ces droits innés et inviolables » (p 33) suffit-il pour établir la paix civile? Le débat entre universalistes et communautaristes.

 

3.3- Peut-on « éclairer » (p 85) les déficiences du droit international contemporain à la lumière du « fédéralisme des Etats libres » (p 43) ?

 

3.4- Que valent le « droit à l'hospitalité » (p 55) et l'esprit cosmopolitique au regard des migrations contemporaines et de l'acception actuelle des droits de l'homme ?

 

3.5- « La diversité des langues et des religions conduit […] vers une harmonie » (p 81) ou vers le « choc des civilisations » (S. Huntington) ? 

 

3.6- « L'esprit commercial est incompatible avec la guerre » (p 81)… Est-ce si sûr ?

 

3.7- Et la paix n'est-elle pas menacée même quand la guerre au sens où l'entend Kant ne sévit pas ?

 

II- Sur le plan empirique et non plus transcendantal, et sur un plan gÉnÉral et pas seulement juridique, on peut dÉgager certaines conditions nÉcessaires À la construction de la paix

 

1- « Faire la paix, expression juste et forte » Alain Mars ou la guerre jugée

 

2- Les dispositions d'esprit incompatibles avec la paix et celles favorables à la paix

 

2.1- « La paix réside en grande partie dans le fait de la vouloir de toute son âme » Érasme La Complainte de la paix

 

2.2- La paix suppose une conscience aiguë de ce qu'est une véritable paix : viser «l'absolu humain » Quatrevingt-treize (p 392, 3eme partie livre 6eme II)

 

2.3- La paix suppose une capacité à résister au mépris, à la diabolisation, à l'anéantissement et à l'instrumentalisation de l'autre ; une capacité à n'être « ni marchand ni tracassier » La Paix (p 435)

 

2.4- La paix suppose un programme d'éducation le plus ambitieux possible, et diffusé au plus grand nombre : Federico Mayor, Directeur de l'UNESCO, Pour une culture de la paix

 

2.5- La paix suppose un sens de l'opportunité : « c'est le moment pour nous d'emporter le morceau - occasion providentielle » La Paix (p 443)

 

3 - Les diverses modalités d'action en faveur de la paix

 

3.1- L'union des forces pour la paix

 

3.2- Supprimer les facteurs de guerre, neutraliser les fauteurs de guerre.

 

3.3- Résoudre les conflits sur le mode du débat démocratique

 

3.4- Organiser sur le plan international le maintien de la paix

 

IV- Discussion et rÉamÉnagement critique de ces analyses, proposÉs par les ÉlÈves

 

V- Exercice de lecture des Œuvres : Parmi les analyses ci-dessus, choisissez-en trois et cherchez-en l'illustration sous forme de citations empruntÉes aux trois Œuvres, afin de les ajouter À celles dÉjÀ mentionnÉes.

 

 

 

 

CinquiÈme VOLET
Comment nos trois Œuvres donnent-elles forme À cette volontÉ de paix ?
« À toute idÉe il faut une enveloppe visible, À tout principe il faut une habitation »
Quatrevingt-treize (p 193, 2eme partie livre 3eme I)

 

 

 

I- Aristophane fait du genre de la comÉdie une arme pour la paix

 

 

1- La Paix est représentée sous la forme d'une déesse sensuelle et silencieuse, et la noce finale exemplifie la vie paisible

 

1.1- Le procédé de l'allégorie au service d'une pédagogie de la paix

 

1.2- Présenter la Paix comme une belle déesse est une stratégie poétique en faveur de la paix

 

1.3- Certes la paix ne parle pas et les enfants ne savent pas la chanter, mais la paix est visible sous la forme d'une statue, sorte d'épiphanie

 

1.4- Et surtout, le point d'orgue de la pièce, la noce finale, communique l'enthousiasme pour la paix : « Noces, noces de liesse » (p 507/508)

 

2- Même si dans la Grèce antique la place de la paix en tant que source d'inspiration dramatique est bien plus modeste que celle de la guerre, Aristophane en propose une représentation poètique

 

2.1- Dans le monde agonistique de la Grèce antique, il est plus noble de se battre que d'écrire, et plus noble d'écrire sur les violences et les guerres que de faire des comédies sur la paix

 

2.2- De plus, chez les Anciens, la paix fait moins l'objet d'une écriture poétique que d'un discours rhétorique

 

2.3- Pourtant Aristophane sait proposer une description lyrique de l'abondance et de la douceur de vivre en paix : une poésie du prosaïque

 

3- L'intérèt d'une comédie, plutôt que d'une tragédie, pour défendre la paix

 

3.1- Les vertus pacifiques du rire et la concorde par le rire

 

3.2- La satire sociale et politique au service de la paix

 

3.3- La parodie de la tragédie au service de la paix

 

 

II- Vouloir reprÉsenter la paix dans une dÉmarche philosophique qui recourt aux concepts plutÔt qu'aux images, va consister À dÉduire rationnellement comment rendre possible sa rÉalisation dans le monde sensible

 

 

1- Kant donne à son ouvrage philosophique la forme d'un « traité de paix », toutefois il ne faut pas confondre les genres

 

1.1- Conformément à l'Idée rationnelle de paix, la paix perpétuelle s'inscrit dans des formes politico-juridiques

 

1.2- Mais le Projet de paix perpétuelle n'est pas un traité de paix, même s'il en a l'allure

 

1.3- Kant refuse tout élément qui dans la représentation pourrait relever des sens ou des sentiments, voire de l'Utopie

 

2- On ne tirera pleinement profit de cette mise en forme de la volonté de paix que si « les rois laissent s'exprimer librement » (p 89) les philosophes

 

2.1- Certes, Kant traite un thème qui n'est pas indifférent aux fins essentielles de la destinée humaine, et son Projet de paix perpétuelle a eu une audience plus large que le seul public des philosophes

 

2.2- Cependant, Kant mentionne dans le préambule la « clausula salvatoria » qui le garantit « contre toute interprétation malveillante » (p 11)

           

2.3- Et il souligne, dans le deuxième supplément, l'importance de la réflexion philosophique contre l'exclusivisme juridique; il souligne aussi la nécessité de la liberté d'expression

 

III- Le roman de Victor hugo, Quatrevingt-treize, s'il n'est pas une ÉpopÉe pacifique, contient nÉanmoins un programme de pensÉe et d'Écriture de la paix

 

1- La forme romanesque choisie par Hugo permet de méler histoire et légende, donc de ne pas se cantonner à raconter la guerre

 

1.1- Victor Hugo fait le roman de la Terreur

 

1.2- Mais c'est aussi la légende qu'il écrit : « La vérité légendaire c'est l'invention ayant pour résultat la réalité » (Quatrevingt-treize (p 228, 3eme partie livre 1er I)

 

 

2- Dans Quatrevingt-treize s'exprime plus ou moins explicitement une poètique de la paix et de son processus tumultueux

 

2.1- Des procédés d'énonciation impliquant le lecteur invitent à partager les valeurs de « la République de l'Idéal »

 

2.2- Les héros positifs du roman sont les moins belliqueux

 

2.3- L'harmonie est l'image poétique de la paix

 

2.4- L'organisation du roman ébranle les équilibres, refuse la symétrie, progresse par des affrontements verbaux, des oxymores…, exemplifie « cette tempête qui sait toujours ce qu'elle fait » Quatrevingt-treize (p 429, 3eme partie livre 7 V)

 

 

IV- Discussion et rÉamÉnagement critique de ces analyses, proposÉs par les ÉlÈves

 

V- Exercice de lecture des Œuvres : Parmi les analyses ci-dessus, choisissez-en trois et cherchez-en l'illustration sous forme de citations empruntÉes aux trois Œuvres, afin de les ajouter À celles dÉjÀ mentionnÉes.

 

 

 

 

 

   CONCLUSION GÉNÉRALE 
(sous la forme de quelques plans de dissertation)

 

 

 


RETOUR : Ressources communes