RETOUR : Contributions à la théorie de la littérature

 

Entretien avec François-Marie Mourad conduit par Isabelle Roche pour le compte du site lelitteraire.com. Interview réalisée le vendredi 14 mars 2008, au Salon du Livre de Paris sur le stand Flammarion.

Je remercie François-Marie Mourad, Isabelle Roche et Frédéric Grolleau, responsable du site lelitteraire.com, de m'avoir autorisé à reproduire ici cet entretien très intéressant. Pierre Campion

Mis en ligne le 29 juin 2008.

© : François-Marie Mourad et le site lelitteraire.com.

François-Marie Mourad, professeur agrégé des Lettres, docteur en Littérature et civilisation françaises, est Professeur de Chaire Supérieure en Khâgne au Lycée Montaigne de Bordeaux.
Il est l'auteur de Zola critique littéraire (Champion, 2003), de la présentation du Roman expérimental de Zola (Flammarion GF, 2006), de la présentation du recueil des nouvelles de Zola, en deux volumes (Flammarion GF, 2008), et de nombreux articles sur le naturalisme. Il est membre de l'équipe Zola de l'ITEM/CNRS.

Autres pages de François-Marie Mourad sur le site À la littérature… :
Commentaire d'un texte d'Agrippa d'Aubigné
Commentaire d'un texte de Baudelaire : Le Spleen de Paris À Arsène Houssaye
Commentaire suivi d'un passage de Malebranche
Commentaire d'un passage de Zola dans L'Œuvre (1886)
Corrigé de dissertation
Mesure et démesure dans Dom Juan de Molière
Mesure et démesure dans Gorgias de Platon
Zola, critique et vérité, allocution à Médan


François-Marie Mourad et l'art zolien

Nous croisions le nom de François-Marie Mourad - docteur ès-Lettres et enseignant à Bordeaux - pour la première fois lors de la parution, dans la collection GF, du Roman expérimental, d'Émile Zola. Nous avions alors apprécié sa façon à la fois claire, concise et approfondie de présenter les textes zoliens réunis. Nous avons retrouvé tout récemment, avec un infini plaisir, cette remarquable aptitude à analyser et commenter des textes clairement et en détail dans les deux volumes de Contes et nouvelles zoliens parus il y a peu dans cette même collection GF. Nous avons profité du dernier Salon du Livre de Paris pour rencontrer cet auteur-chercheur enthousiaste, érudit - et semble-t-il pleinement heureux chez son éditeur… - qui dispense son savoir avec une étonnante simplicité. Allier ainsi clarté et large éruditiion est un talent que n'ont pas toujours les savants émérites ; François-Marie Mourad, lui, le possède aussi bien à l'oral qu'à l'écrit : pendant près d'une heure, dans un coin tranquille de l'imposant emplacement que les éditions Flammarion occupaient au Salon du Livre, il a évoqué sa rencontre avec Zola, l'art de celui-ci, son histoire… au cours d'une conversation chaleureuse et conviviale, se montrant aussi accessible que cet écrivain dont il dit qu'à ses yeux, il demeure, de tous les littérateurs du XIXe siècle, le plus lisible et le plus attrayant pour des lecteurs d'aujourd'hui. De quoi nous rendre tous zoliens…

Comment avez-vous été amené à vous intéresser de près à l'œuvre de Zola ?

François-Marie Mourad : C'est une question que l'on me pose souvent et à laquelle je réponds de façon de plus en plus complexe. Mon premier souvenir zolien remonte au collège ; à l'époque où je m'y trouvais, les professeurs ne craignaient pas de donner à lire des romans de l'ampleur de Germinal - ce qui ne se pratique plus guère aujourd'hui parce que les enseignants redoutent que leurs élèves n'aillent pas au-delà des cinquante premières pages… L'adolescent que j'étais a reçu une sorte de choc en découvrant cet univers romanesque ; j'ai continué à étudier Zola au Lycée, à lire de mon propre chef des textes le concernant ici ou là… Quand j'ai entamé mon cursus de Lettres à l'université, j'étais dans une situation difficile qui me contraignait à travailler pour financer mes études ; je ne pouvais donc pas assister à l'intégralité des cours et j'étais, si l'on veut, un « étudiant occasionnel ». Lorsqu'il m'a fallu choisir un écrivain sur qui préparer mon mémoire de maîtrise, je me suis souvenu que Zola était un auteur d'une extrême lisibilité et que, d'autre part, il écrivait de façon très démocratique - je veux dire par là que lorsqu'il écrivait un roman, il s'efforçait de toucher un public très vaste - y compris celui du roman populaire. Mais il tâchait et l'art zolien aussi de s'adresser aux acteurs du champ littéraire, aux professionnels - il a produit des articles d'esthétique et de poétique tout à fait pertinents. Il a écrit pour un public très varié, avec beaucoup de virtuosité, et cela m'a intrigué. De plus, je ne me sentais pas vraiment disposé à me plonger seul dans l'étude approfondie d'un écrivain comme Proust - je me suis donc orienté vers Zola, et j'ai eu l'impression très nette, en pénétrant son univers, qu'il avait écrit pour moi. Je sentais que sous son écriture très accessible, il y avait quelque chose de complexe et qu'elle pouvait se lire à plusieurs niveaux. Cet alliage - j'emploie ce terme au sens quasi métallurgique - entre lisibilité, clarté du style, richesse thématique, diversité… qui caractérise son oeuvre m'a littéralement séduit, au point de vouloir consacrer ma thèse de doctorat à la conception zolienne de la critique littéraire. Je me suis alors rendu compte que, contrairement aux préjugés ambiants, Zola était un homme éminemment cultivé et qu'il avait été un acteur majeur du champ littéraire de son temps. Peut-être même plus important que Flaubert, par exemple, que l'on cite souvent - Bourdieu, dans Les Règles de l'art, a désigné Flaubert comme étant l'acteur majeur de la mutation littéraire. Je pense, moi, que Zola a joué un rôle tout aussi déterminant, voire plus important. D'autant qu'il s'est investi dans la lutte contre la littérature idéaliste, certaines tendances pernicieuses de la littérature morale, et qu'il n'a pas craint de devenir un « chef d'école » - ce que d'ailleurs Flaubert lui reprochait, bien qu'il s'entendît fort bien avec lui ; Flaubert pensait que le naturalisme était une galéjade mais au fond, il partageait avec Zola beaucoup d'idées communes. Outre son accessibilité, c'est le parcours de Zola qui m'a intéressé : il a débuté dans l'écriture avec un manque de confiance en lui et, peu à peu, à force de persévérance, il est devenu l'écrivain que l'on sait… Et ce qui me frappe aujourd'hui c'est que Zola demeure, pour les élèves d'aujourd'hui, un auteur lisible et attrayant ; j'étudie ses textes avec des étudiants de classes préparatoires, et ça se passe à merveille - non parce que les textes sont faciles et rudimentaires mais parce qu'il y a une clarté d'écriture grâce à laquelle on « entend » ces textes encore en ce début du XXIe siècle. Je suis à peu près persuadé que Zola est l'un des seuls écrivains qui se lise aussi bien - les romans de Balzac sont difficiles, Madame Bovary est un roman complexe… tandis que lire Zola reste d'une grande convivialité.

Comment s'est initiée la collaboration entre la collection GF et vous ?

Par Le Roman expérimental… Je venais de publier mon étude sur Zola et la critique littéraire[1], et je trouvais urgent de corriger un certain nombre d'erreurs et de déformations dont Zola continue de pâtir encore aujourd'hui. J'envisageais de préparer une nouvelle édition du Roman expérimental, dont il n'existait plus aucune édition de poche et qui est un ouvrage essentiel, que l'on cite souvent à tort et à travers dans les manuels scolaires et même dans les travaux de recherche universitaire. J'ai donc envoyé une proposition spontanée et un petit dossier à Hélène Fiamma parce qu'il me semblait que la collection GF, dont j'appréciais la façon de mettre à la portée d'un public étendu - scolaire, universitaire ou simplement curieux et cultivé - des textes classiques ou bien une partie de l'oeuvre de tel ou tel grand écrivain, toujours accompagnés d'un appareil critique reflétant les derniers états des recherches les concernant. Mon projet a été accueilli avec beaucoup de chaleur ; et pour avoir travaillé avec nombre d'éditeurs parascolaires, chez qui j'ai trop souvent senti une profonde méconnaissance de ce que l'on peut valoriser dans des éditions de type scolaire sans que cela apparaisse trop hermétique, ou qui se montraient trop asservis à une logique strictement commerciale, je peux dire que c'était la première fois que je trouvais une telle intelligence dans la manière de prendre contact et d'entendre ce désir que j'avais de dire des choses nouvelles à propos de Zola. Grâce à l'accueil reçu chez Flammarion, j'ai pu réaliser cette édition assez fouillée du Roman expérimental, avec un dossier substantiel complété par la transcription d'un manuscrit inédit que la BNF était en train d'acquérir : les notes que Zola a prises pendant sa lecture de l'Introduction à l'étude de la Médecine expérimentale de Claude Bernard. J'avoue être plutôt fier de ce travail, qui n'est pas ce que l'on appelle une édition savante mais qui, au moins, permet de lire correctement et dans leur intégralité cet ensemble de textes théoriques majeurs. Cette première collaboration m'a incité à soumettre un nouveau projet à Hélène Fiamma. J'avais participé à un collège d'experts désigné pour rénover les programmes de français des classes de première ; cela m'avait amené à considérer de plus près le corpus de récits courts que l'on inscrit généralement à ces programmes, et je me suis alors souvenu qu'il existait, dans la Bibliothèque de La Pléiade, un très beau volume de Contes et nouvelles de Zola que Roger Ripoll avait dû publier à la fin des années 70. Et comme je ne voulais pas me cantonner aux seules questions de poétique, je me suis donc éloigné un peu des textes théoriques pour m'intéresser aux récits proprement dits. J'ai relu ces nouvelles avec un regard plus attentif, plus scrutateur, et j'ai imaginé de réaliser une anthologie qui rendrait compte de leur variété en réhabilitant, du même coup, le réel talent de nouvelliste de Zola, que l'on tend à oublier - il est bon de rappeler qu'entre 1864 et 1899, il a publié une centaine de contes et nouvelles. Là encore, l'entente avec l'équipe éditoriale a été immédiate…

Pourquoi avoir opté pour une publication en deux tomes ?

Il y a à cela des raisons strictement éditoriales qu'Hélène sera mieux à même de vous expliquer, mais cette scission correspond, de toute façon, à une réalité littéraire : il y a chez Zola deux périodes très distinctes dans la production de récits courts et présenter l'anthologie en deux tomes permet de bien marquer ces deux phases, de part et d'autre de l'année 1875. Quand Zola décide de vivre de son écriture - un choix qu'il a fait très tôt, vers l'âge de 26 ans - le journalisme littéraire est en pleine expansion : le nombre de journaux se multiplie, leur public s'accroît. Comme il y avait une grande concurrence entre les rédacteurs et que Zola, pour des raisons de survie matérielle, devait participer autant qu'il le pouvait à cette intense activité littéraire, il a beaucoup écrit, en s'essayant à plusieurs styles et en s'inspirant de plusieurs modèles. Il faut dire qu'il avait été entraîné à cette façon d'écrire pendant ses études : on pratiquait alors, dans les lycées et collèges, ce que l'on appelle aujourd'hui « l'écriture d'invention » - c'est-à-dire que l'on demandait aux élèves d'écrire des textes de leur cru en imitant divers schémas. Et Zola avait été un élève fort brillant en la matière - on a retrouvé certaines de ses copies, qui figurent en appendice de la grande biographie qu'Henri Mitterand lui a consacrée.
Il était donc rompu à la pratique de genres variés, et cette explosion de la presse a beaucoup stimulé son talent d'écrivain. Dans cette première période où Zola a écrit pour les journaux parisiens, ses textes sont modelés par les contraintes imposées par le support mais il abhorrait ce type de journalisme et ses écrits se caractérisent par un mélange d'acceptation et de contestation des règles d'énonciation journalistiques. On réalise par ailleurs qu'il était un prodigieux assimilateur : si l'on trouve dans ses textes des traces évidentes des écrivains qui l'ont inspiré - Hugo, Musset, Balzac, Baudelaire entre autres - on voit aussi qu'il a su prendre immédiatement une distance par rapport à ses modèles. Ce qui donne, in fine, des variations assez virtuoses de genre et de style chez ce grand écrivain journaliste, allant de la prose poétique au pastiche en passant par la fantaisie féerique. Zola était un auteur très apprécié mais, peu à peu, le satiriste, l'observateur de la vie sociale, l'homme de justice épris de vérité, l'opposant au Second Empire ont pris de plus en plus d'épaisseur et ses textes sont devenus de plus en plus difficiles à publier. L'on a commencé à redouter sa plume et à le juger de moins en moins fréquentable en tant que journaliste. Une de ses nouvelles, « Le Chômage » [qui figure dans le tome 1 de l'édition GF des Contes et Nouvelles - NdR] a même entraîné l'interdiction du journal qui l'avait publiée, Le Corsaire… Il avait de plus en plus de mal à trouver du travail. À partir de 1875, Zola s'éloigne donc de cette forme de journalisme ; mais bien que sa notoriété en tant que romancier commençât à grandir, il n'en connaissait pas moins une situation matérielle délicate. C'est justement en 1875 que son ami Tourgueniev - qui était d'abord un grand ami de Flaubert - lui propose de collaborer à une grande revue russe, cosmopolite dans ses ambitions et qui donne leurs aises à de grands hommes de lettres parisiens, Le Messager de l'Europe. La perspective d'écrire pour le public francophile de Saint-Petersbourg l'enthousiasme et à partir de 1875, il écrira pour cette revue des textes beaucoup plus longs - ce que nous appelons aujourd'hui des nouvelles « classiques ». Dans le premier volume, qui rassemble des textes en général assez peu connus, nous avons cherché à donner un reflet de cette diversité de styles et de genres auxquels Zola s'est essayé tout en soulignant la manière dont il s'inspire puis se démarque de ses modèles. L'on a ainsi une première série de textes très étonnants, allant de la tragédie à la satire - « Les Repoussoirs », par exemple. Dans le second volume, qui contient une sélection de ces textes plus amples, où l'on voit bien comment l'art du romancier se déploie dans la nouvelle - ce qui est passionnant car Zola n'a jamais écrit d'articles théoriques concernant la nouvelle - il s'agissait surtout de mettre en évidence les liens qui unissent nouvelles et romans. Nous avons certes retenu des textes très connus comme « La Mort d'Olivier Bécaille » ou « Le Capitaine Burle » - il était difficile de faire autrement car ces nouvelles classiques n'ont jamais cessé d'intéresser les éditeurs, qui en ont publié un certain nombre soit isolément, soit en anthologie - mais nous avons tout de même tâché d'introduire un peu de nouveauté, en renonçant à inclure « Madame Sourdis », que Jacques Noiray a publié en édition de poche, alors que « L'Inondation », écrite d'après la relation d'un fait divers, a été choisie.

Ces parentés entre Zola et des écrivains comme Baudelaire, Hugo ou Balzac que vous venez d'évoquer sont en effet nettement perceptibles dans les textes du premier volume, comme le sont, dans le second, les similtudes entre les nouvelles et les romans de la série des Rougon-Macquart - des similitudes très frappantes, qui ne sont pas seulement d'ordre thématique mais touchent au lexique employé, au rythme des phrases… Toutes les notes que vous avez apportées aux deux volumes relèvent d'ailleurs avec soin ces rapprochements.

Observer ces rapprochements permet de visualiser l'évolution de l'écriture zolienne, qui devient de plus en plus opératique au fil du temps - c'est-à-dire que son univers s'enrichit constamment et que son style se resserre peu à peu, qu'il acquiert des traits qui lui sont propres. Au fur et à mesure que l'on avance dans son œuvre et que les contraintes éditoriales se font moindres, il devient un grand producteur, dont l'autonomie va croissant. C'est pourquoi on retrouve d'un roman à l'autre ce souffle, cette similitude des images dans les descriptions, cette façon qu'ont les personnages de circuler, cette musique et ce phrasé descriptifs typiques - et aussi ce tropisme de l'inspiration qui exploite l'ironie, le thème de la cruauté cachée.
Et contrairement à ce que l'on a coutume de penser, ce n'est pas la série des Rougon-Macquart qui est la plus représentative des particularités zoliennes mais plutôt le cycle des Trois villes, qui a été écrit juste après. Lourdes, Rome et Paris sont des romans-mondes qui tendent vers le XXe siècle, vers une prise en compte de la totalité des situations sociales, des espaces, des temporalités. Ce sont des romans d'une grande richesse que Jacques Noiray a publiés d'une manière très attentive chez Folio. Paris, en particulier, est un roman extraordinaire trop mal connu. Zola est un écrivain qui a mis longtemps à accoucher de lui-même, qui s'est formé tout seul et qui s'est forgé, progressivement, un univers de plus en plus totalisant, de plus en plus riche, de plus en plus somptueux.

Étiez-vous seul à la barre pour constituer votre anthologie de textes ou bien les sélections ont-elles été faites au fur et à mesure avec votre éditeur ?

François-Marie Mourad : Tout a été fait en concertation ; je commence par émettre un faisceau de propositions assez large, que je soumets à Hélène et à son assistante Charlotte von Essen. Elles en valident certaines, en rejettent d'autres - toujours de façon très argumentée, et avec beaucoup de pertinence. Nous nous réunissons périodiquement pour arrêter des décisions communes, prises grâce à l'éclairage que nous nous apportons mutuellement. Je tiens à dire que j'ai trouvé, auprès des responsables de la GF, une véritable écoute et des conditions de travail des plus confortables : les personnes à qui j'ai affaire sont à la fois très cultivées et très impliquées dans l'élaboration des livres ; leur désir est avant tout de satisfaire des lecteurs lettrés et exigeants - jamais le moindre argument de nature commerciale ou trop pragmatique n'est venu parasiter notre travail. C'est un environnement très stimulant, qui permet de produire les plus belles et les meilleures éditions possibles en format de poche.

Quel enthousiasme ! J'imagine que vous allez proposer un autre « projet Zola » à la GF ?

Oui ; nous envisageons de publier un recueil de lettres de Zola, conçu sur le modèle de ce qui vient d'être fait à partir de la correspondance de Proust[2]. Zola n'était pas un grand épistolier comme Flaubert ou George Sand, mais il a commencé à écrire très tôt et a beaucoup correspondu avec ses amis - Cézanne, notamment. L'on dispose d'un immense corpus de lettres, qui constitue un témoignage précieux sur cet acteur majeur de la vie culturelle et politique des quarante dernières années du XIXe siècle, à qui rien n'a échappé de la vie de son pays - il y aurait d'ailleurs un gros travail de recherche à mener autour de l'attitude politique de Zola, qui ne manque pas d'étonner : fervent adversaire du Second Empire, il s'opposera aussi à la République, reprochant à ses amis républicains d'être par trop conservateurs et trop peu ouverts aux révolutions esthétiques qui bouleversent les beaux-arts de l'époque… Il ne s'agit pas de publier l'intégralité de ces lettres - cela représente, à l'heure actuelle, dix volumes[3] - mais de puiser parmi elles de quoi donner aux lecteurs un juste aperçu de leur extrême diversité - l'on a des lettres de jeunesse lyriques, des lettres plus tardives où s'exprime le fin observateur des réalités sociales ; certaines abordent des sujets de pure poétique ou d'esthétique tandis que d'autres, plus intimes, témoignent de l'amour qu'il portait à sa jeune maîtresse, Jeanne Rozerot… L'on trouve aussi des missives où il expose des notions de stratégie littéraire, des lettres de recommandation ou de protection écrites à l'intention de certains de ses disciples… et voyager à travers toute cette correspondance est passionnant. Publier une anthologie bien pensée de ces lettres permettrait au public intéressé de prendre la mesure du rôle qu'a joué Zola dans la vie de son temps et, aussi, de découvrir tout un pan de son art d'écrire.


NOTES

[1] François-Marie Mourad, Zola critique littéraire, Honoré Champion, « Romantisme et modernité », janvier 2003 - 75,00 .

[2] Marcel Proust, Correspondance (lettres choisies et présentées par Jérôme Picon), Flammarion coll. GF, octobre 2007, 382 p. - 8,30 . ASIN : 2080712519

[3] Cette indication se réfère à l'édition de la correspondance de Zola que le CNRS et les Presses de l'Université de Montréal ont publiée de 1978 à 1995. Quant aux Œuvres complètes, elles comptent 15 tomes, publiés entre 1966 et 1970 par le Cercle du Livre Précieux, sous la direction d'Henri Mitterand. Cette édition est aujoud'hui épuisée mais un autre éditeur, Nouveau Monde, a entrepris une nouvelle édition des Œuvres complètes, toujours sous la direction d'Henri Mitterand, prévue en 21 volumes.


NB - Pour les lecteurs les plus curieux, nous signalons ici l'existence du site des Cahiers naturalistes, revue annuelle publiée par la Société littéraire des amis d'Émile Zola, présidée par Alain Pagès depuis 1988. Ces cahiers, dont chaque volume compte environ 400 pages, sont essentiellement consacrés à l'œuvre d'Émile Zola et aux recherches qu'elle suscite, mais des dossiers sont aussi constitués autour de l'Affaire Dreyfus et du mouvement naturaliste en général. La Société des amis de Zola organise chaque année - le pemier dimanche du mois d'octobre - un pélerinage à la maison - devenue aujourd'hui musée - que l'écrivain avait achetée à Médan. À l'occasion de ces rassemblements, diverses personnalités rendent hommage à Zola et, en 2005, François-Marie Mourad prononça une allocution dont vous pouvez lire la transcription en cliquant ici.

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